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Maia Asshaq, Voice Memo


Score and sound for a performance by Maia Asshaq on November 17th, 2014 at PARMER during session 3.

Maia Asshaq co-founded DittoDitto, a small publishing house and bookshop in Detroit, MI.

EVA BARTO, CYRIL VERDE, THE CHOICE OBAMA (AND MY 4-YEAR-OLD SON) WON’T MAKE




Pour la session 3 du projet “Si nous continuons à nous parler le même language, nous allons reproduire la même histoire”, Cyril Verde a conçu un protocole et a invité Eva Barto à activer celui-ci avec lui. Lorsque Cyril Verde élabore des protocoles (son travail prend également d’autres formes, multiples), ceux-ci n’ont pas pour but de figer, d’expliquer ou de simplifier. Au contraire, le protocole agit pour lui comme une prise de risque par laquelle des formes instables au sein de sa pratique vont pouvoir émerger et se poser comme autant de questions toujours ouvertes, jamais résolues. The Choice Obama (And My 4-Year-Old Son) Won’t Make est un protocole de collaboration, qui fournit un cadre permettant à deux artistes de collaborer ensemble, c’est aussi un outil qui vient saboter cette collaboration en exposant les impasses inhérentes à toute pratique à plusieurs.

Tout a commencé par un article lu par Cyril Verde sur le site internet du Huffington Post [1]. La journaliste y évoque la décision de Barack Obama de ne plus s’occuper de certains détails de sa vie quotidienne impliquant par exemple de choisir ce qu’il mange ou encore les vêtements qu’il porte, ces détails étant réglés par d'autres. Cette initiative s’appuie sur les travaux de la psychologue américaine Kathleen Vohs selon laquelle chacun d’entre nous est en possession d’un capital décisionnel journalier qui nous permet de faire un certain nombre de bons choix, ce capital s’épuisant, notre jugement et notre estime de soi s’affaiblissent, ce qui conduit à une plus grande difficulté à se prononcer. Préserver ce capital implique d’évacuer un certain nombre de décisions sans importance.

Partant de ce constat, Cyril Verde imagine de perturber le processus décisionnel de l’œuvre en mettant sa force de travail à la disposition d’un artiste (ici il s’agit d’Eva Barto) qui devra décider d’un objet à faire fabriquer par lui. Un deuxième élément sera cependant créé, similaire au premier mais qui restera en possession de Cyril. Un double, rétribution en quelque sorte, qui vient nourrir la série en cours intitulée The Choice Obama (And My 4-Year-Old Son) Won’t Make. Ce faisant, Cyril Verde demande à Eva Barto de décider d’une œuvre qui sera réalisée pour elle (et on peut imaginer que la façon dont cette œuvre sera produite par Cyril, sa facture même, est déjà une réappropriation) mais qui lui sera en même temps dérobée sous la forme d’un objet jumeau. On imagine Eva réfléchissant à cet objet : un service lui est rendu mais celui-ci sonne comme une injonction. En contrôlant la façon dont l’œuvre va avoir lieu, Cyril contrôle le cadre formel de cette œuvre, laissant à Eva la tâche d’y ajouter un contenu forcément plaqué sur l’intention première.

Eva Barto demande à Cyril Verde de créer un site internet, il y aura donc deux sites, l’un appartenant à Eva, l’autre appartenant à Cyril. Ces sites sont alimentés par des documents placés par Eva dans un dossier de son ordinateur. Elle a la possibilité à tout moment d’activer une fonction permettant de mettre à jour les sites internet à partir des éléments placés dans ce dossier. Le soir de la présentation dans le cadre de la session 3 de notre projet, Eva a placé dans ce dossier des protocoles et de la documentation appartenant à Cyril et se dédouane ainsi de la demande implicite qui lui était faite de créer du contenu. On le voit, le protocole veut ici montrer ce qui habituellement se passe sous silence : le contrôle, la perte de contrôle, le pouvoir qui accompagne la position d’auteur, l’échange qui peut se faire entre celui qui décide et l’agent qui accomplit l’action. Loin de l’image essentialiste d’une collaboration artistique spontanée voire fusionnelle.

Sans le savoir, les deux artistes font écho à une tradition féministe traquant ce qui se cache derrière des relations humaines qui semblent évidentes et ne se questionnent pas. Ces choix que Barack Obama ou un enfant de quatre ans ne font pas et qui relèvent du quotidien, appartiennent à la catégorie des tâches domestiques, traditionnellement prises en charge par les femmes. Selon le point de vue de Kathleen Vohs, ces femmes seraient ici d’autant plus écartées des processus de décision importants dans la mesure où elles sont accaparées chaque jour par ces infimes mais multiples décisions qui littéralement emplissent leur esprit et le débordent.


Voir le travail d’Eva Barto sur son site internet : http://www.evabarto.net/
Voir le travail de Cyril Verde sur son site internet : http://www.cyrilverde.com/





Image : Présentation du projet durant la session 3 en janvier 2014. Ci-dessus : Protocole initial de Cyril Verde.



Géraldine Gourbe, Une éthique du désir est-elle envisageable dans l’espace virtuel ?






















Pendant la session 3, la philosophe Géraldine Gourbe a introduit la genèse des groupes de conscience féministes initiés dans les années 1960 aux Etats-Unis. En partant des Redstockings, de la Womanhouse et en citant Judith Butler (Le récit de Soi) et Pamela Allen (Free Space), elle en a présenté les règles et les enjeux tout en les inscrivant dans ses porosités artistiques.

Pour le blog, Géraldine Gourbe propose le texte Une éthique du désir est-elle envisageable dans l’espace virtuel ? où, à partir du film Tecknolust (2002) de Lynn Herschman, elle met en avant la possibilité d'un nouveau regard éthique posé sur les relations entre virtuel/réel et humain/post-humain souvent restreintes aux catégories binaires. Selon Gourbe, les pratiques performatives du role playing, de l’auto-portrait ou encore du cinéma développées par Lynn Herschman déconstruisent le regard masculin (male gaze) à l’oeuvre dans les représentations essentialistes d’une identité femme ou féminine toujours très opérantes dans les productions culturelles et visuelles mainstreams. En recourant à différentes formes et usages de soi (M. Foucault), Lynn Hershman fictionnalise des possibles subjectivités et nous interroge avec contemporanéité sur la possible résistance du désir comme force structurelle à la fois libidinale et éthique (G. Deleuze, F. Guattari,) contre les forces socio-politiques de relations de pouvoir (D. Haraway et R. Braïdotti). Dans son texte, elle revient alors aussi sur l'un des principe actif du féminisme qu'est le consciouness raising. 


Extrait du texte publié dans son intégralité sur issuu ci-après.

"L’expression consciousness raising  a été utilisée pour la première fois en novembre 1967 par Kathie Sarachild, lors de la première conférence internationale du , à Chicago, dans une communication intitulée « Radical Feminist Consciousness-Raising »[1]. La terminologie a ensuite été reprise par un groupe new-yorkais de féministes radicales : les Redstockings, littéralement, les bas rouges. Selon Kathie Sarachild et les Redstockings, le consciousness raising représentait par son potentiel d’action une arme féministe. Le potentiel radical et subversif de cette approche reposait dès lors sur la légitimé de rassemblements uniquement constitués de femmes. 

À partir de cet impératif d’une politique des sans-parts (Jacques Rancière), le consciousness raising désignait un espace délimité et privilégié. Pour inventer cet espace libre[2] des cercles de femmes s’organisaient et s’autorisaient, mutuellement, à révéler des expériences-récits de soi jusqu’alors inaudibles. Le cercle du consciousness raising, tout comme le cercle permettait ainsi de rendre compte de soi[3]. À partir des situations d’interpellation, les participantes au groupe de consciousness raising rendaient compte d’elles-mêmes aux autres. Judith Butler nomme cette prolongation de l’interpellation la condition rhétorique de la responsabilité[4]. La condition rhétorique de la responsabilité signifie, dans le contexte du consciousness raising, que chacune s’engageait dans une activité réflexive en même temps qu’elle parlait aux autres, tout en construisant une relation aux autres à travers le langage. La question n’était alors pas centrée sur la teneur véridique des propos mais sur la narration[5], et sur la manière dont celle-ci permettait desformes de conscience[6] (Georg Lukás).

La pratique du consciousness raising a ainsi révélé des expériences singulières qui, tout en s’inscrivant dans une réalité œuvrée par un récit différentialiste de l’égalité[7]́, s’en écartaient. Un principe méthodologique d’inclusion du point de vue Her/Story s’élaborait pas à pas au cœur d’une His/Story. Ces premières analyses nécessaires à la production d’une pensée éthique féministe ou d’une épistémologie du point de vue qui préfigurait l’élaboration des savoirs situés, conceptualisés dans les années quatre-vingt par l’épistémologue Donna Haraway[8] :

« L’insistance qui s’exprime ici est commodément rendue par le concept de ‘savoirs situés’. Les savoirs situés sont indissociables de la responsabilité. Le fait d’être situé dans un espace intermédiaire insaisissable (Trinh T. Minh-Ha) est une caractéristique que partagent les acteurs dont les mondes se laissent décrire en ramifications de plus en plus fines […]. Les savoirs situés sont toujours des savoirs marqués ; ils apposent de nouvelles marques, de nouvelles orientations sur les grandes cartes qui, inspirées par l’histoire du capitalisme et du colonialisme masculinistes, ont globalisé le corps hétérogène du monde[9]. »


[1] Sous la direction d'Anne Koedt, Ellen Levine et Anita Rapone, Radical Feminism, New York, Quadrangle, 1973 
[2] « Free Space », écrivait Pamela Allen, auteure féministe nord-américaine d’un des premiers manifestes pour la pratique du consciousness raising consignant par écrit les grandes orientations de ce dispositif, reprises ensuite par de nombreux groupes féministes composés de femmes mais aussi d’hommes. Cf. Anne Koedt, Ellen Levine et Anita Rapone, Radical Feminism, op. cit., pp. 271-279.
[3] Judith Butler, Récit de soi, traduit par B. Ambroise et V. Aucouturier, Paris, PUF, 2005. Judith Butler a élaboré ce concept dans le cadre précis de la cure psychanalytique et, une fois, que le transfert a lieu. En reprenant, les modalités de prise de parole du consciousness raising, il est étonnant d'observer que les caractéristiques du concept butlerien reprennent point par point les modalités du groupe de parole féministe séparatiste.
[4] Judith Butler, Récit de soi, op. cit., p. 51.
[5] Ibid.
[6] Voir Georg Lukács, Histoire et conscience de classe, (1923), traduit du hongrois par K. Axelos et J. Bois, coll. « Arguments », Paris, Minuit, 1960.
Fredric Jameson présente Georg Lukács comme un proto-féministe et un pionnier de l’épistémologie du point de vue dans « History and Class Consciousness as un "Unfinished Project" », in Sandra Harding, The Feminist Standpoint Theory Reader, New York/Londres, Routledge, 2004, pp. 143-152.
[7] Voir Jacques Rancière, La Mésentente, Paris, Galilée, 1995.
[8] « Envisager le féminisme et non simplement les sciences comme une technologie (avec ses récits, ses discours, ses représentations), c’est également appliquer la leçon des "savoir situés" (l’un des textes majeurs de l’épistémologie féministe et culturaliste) et de ce que Sandra Harding a appelé "la réflexivité critique". Les objets et les sujets du savoir doivent être rigoureusement critiqués. » Marie-Hélène Bourcier, « Préface : Cyborg plutôt que déesse : comment Donna Haraway a révolutionné la science et le féminisme »in Donna Haraway, Des singes, des cyborgs et des femmes, op. cit., p. 14.
[9] Donna Haraway, Des singes, des cyborgs et des femmes, op. cit.,p.194. Je souligne.




Pamela Allen, Free Space

Pamela Allen, Free Space, A Perspective on the Small Group in Women’s Liberation, Times Change Press, New York, 1969. Extraits choisis par Géraldine Gourbe, philosophe et professeur à ESAAA à Annecy, qui est intervenue pendant la session 3. 

We have defined our group as a place in which to think: to think about our lives, our society, and our potential for being creative individuals and for building a women's movement. We call this Free Space.




Le texte dans son intégralité est téléchargeable ici :  http://radfem.org/freespace/

Joan Ayrton & Virginie Yassef, Confiture d'oranges

































Lors de la session 3, Joan Ayrton et Virginie Yassef ont réalisé une confiture d'oranges que nous avons dégustée à la fin de la soirée.

Rébecca Chaillon, Le Monstre de la Femme


Je me sens femmes, quelques heures par jour, j’embrasse mes seins comme s’ils étaient les responsables, je sens mes culottes. Semaine A, je fais glisser les rouges sur mes lèvres, semaine B, j’alterne avec un duvet de poil militant. Je ne suis pas seule en moi, on est des millions, je suis en constante mutation, je cherche mes hommes, mes femmes, mes enfants, mes animaux…ceux qui m’habitent et font que je vois rouge, et me dit noire. Je cherche qui j’écoute, qui j’aime pour la vie, qui me ressemble et ce qui me diffère de toi.

Je suis scorpion signe d’eau ascendant taureau signe de terre, de l’année du buffle en chinois, aigle bleu rythmique en maya née sous la lune auto-existante de la chouette, … ça veut dire que je suis chiante en gros, je suis le mouvement de la lune car je suis composée à plus de 70% d’eau c’est ce qu’on me dit, qu’on me rabâche…je ne suis pas celle que tu crois. Je ne suis pas celle que tu vois. Je dis je dis je dis je dis je… mais c’est plutôt nous que nous devrions dire hein… ?

Nous et moi n’arrivons plus à savoir quoi faire, apprendre à boxer, à réparer des trucs, tout réclamer au service après-vente de l’humanité, pour faire comprendre que rien n’appartient à personne. Quoi ? Nous et moi rendre nos Barbies ? Ça va être compliqué monsieur l’agent, parce que nous et moi aimons bien son entrejambe et nous et moi sommes bien contente qu’elle veuille encore porter une jupe et du maquillage elle…

Je veux bien être féministe, mais parfois j’en perds mon français. Ma dernière claque vient d’Abidjan, j’en avais oublié ma fécondité, mes douloureuses, mon pouvoir de pouvoir faire grossir mon ventre et l’humanité. A tellement faire la brave, j’en avais tué les hommes quand ils s’occupaient de mes cycles, j’en avais tué les femmes quand elles ne se connaissaient pas plus que moi je pensais les connaitre. Je crois en dieu dès que possible, et j’espère que la prochaine étape, c’est la fin de l’apartheid, entre nous et toi.

Accéder au site de Rebecca Chaillon ici : http://dansleventre.com

photos : Emilie Jouvet

Jean-Christophe Arcos, Trouble


« Le public de l’art contemporain est le pire existe. Il est sur-instruit et conservateur, il est là pour critiquer et non pour comprendre, il n’éprouve jamais de plaisir. Pourquoi devrais-je consacrer du temps à travailler pour ce public ? C’est comme de se mettre dans la gueule du loup. »
David Hammons


Ce que TROUBLE fête manifeste

TROUBLE est un projet continu mis en place depuis septembre 2011 pendant les soirées Flash Cocotte à l’Espace Pierre Cardin (Paris) et à la Gare de Congrès (Bruxelles).
En 10 mois, le projet, hébergé et soutenu par les soirées Flash Cocotte, a engendré onze expositions, à Paris et à Bruxelles, lors d’autant de fêtes enfiévrées accueillant des milliers de clubbers.

L’objectif de TROUBLE est d’abord de se confronter à l’imagination des artistes hors de la white box : alors que musées et galeries peuvent protéger les artistes de penser la libre et peut-être sauvage participation du public à la dégradation de leurs travaux (en particulier quand cette dégradation est causée par les visiteurs), TROUBLE éprouve les artistes en ouvrant la porte d’un espace d’exposition inusité, où la confrontation physique entre les corps et les objets est la règle.
C’est dans cette ambivalence, cette polysémie, que ce projet est un « trouble fête » : les artistes ont dû penser de façon radicalement nouvelle la coexistence entre leur travail et leur cadre, et les « party animals » ont dû laisser faire un intrus sur leur propre territoire.

Comment dès lors concevoir de nouvelles formes dans un lieu et un moment déjà comblés de sens, surpeuplés, ne donnant en apparence aucun espace ni aucun temps à une proposition artistique ?

Depuis septembre 2011, Pascal Lièvre, Sammy Stein, Tony Regazzoni, Steffen Müller & Valentina Boneva, Guillaume Constantin, Grégoire Motte, Julien Nédélec, Laure Vigne & Cyril Aboucaya, Pierre Fraenkel et Chloé Curci ont déjà tenté d’approcher cette question, poursuivant dans ce cadre, par différents biais, leurs propres interrogations artistiques et esthétiques.


[…]

Jean-Christophe Arcos, Juin 2012

Lire la suite sur le site internet de Jean-Christophe Arcos : http://jeanchristophearcos.wordpress.com

Lors de la session 3, Jean-Christophe Arcos a parlé de TROUBLE. Il a présenté l'édition qui avait été publiée à l'occasion, il a également montré la vidéo Il n'y a pas de sexe de Pascal Lièvre, réalisée lors d'une soirée Flash Cocotte. Cette vidéo est visible sur le site de Pascal Lièvre : http://www.lievre.fr/ 

Grégoire Motte

Laure Vigna & Cyril Aboucaya

Pascal Lièvre

Tony Regazzoni

Emilie Jouvet

Emilie Jouvet, Too much pussy, film, 2011











Si le désir pouvait se libérer, il n’aurait rien à voir 
avec le marquage préliminaire par les sexes. 
Le désir est résistance à la norme. 
Monique Wittig, La Pensée straight, « Paradigmes»: 81









"Que deviennent les identités de genre ainsi que les constructions du spectre féminin/masculin une fois sortis du système hétéronormé et hétérosexiste ? Quelles sont leurs revendications, leurs implications ? Que devient le désir ? Qu’est-ce-que cela veut dire, être femme, être homme, être ? A quel moment est-on acteur de son corps ? De son art ? De l’art d’utiliser son corps. Comment l’intime se fait public, comme le privé domine les relations sociales, comment le public influe sur nos genres et nos relations sexuelles ? Ce que l’on assume, ce qu’on est au dedans et en dehors. (...)

"A travers son travail de photographe, vidéo et cinéaste, Emilie Jouvet pose un regard, interroge et met en images le désir. Désir d’artiste de s’approprier le monde, désir de féministe de questionner/destructurer des normes, désir de Fem de déconstruire les codes existants. Désir de réinventer un langage visuel qui permet de rendre compte des identités queer. 

"Emilie Jouvet invente un langage propre pour nous guider vers un monde invisibilisé par la culture dominante, celui des Dykes Riot, Grrrrls, Drags, Kings and Queens, wild Fems et Butch torrides… Identités qu’elle découvre et s’approprie en même temps que le féminisme punk des Riot Grrrrls*, lors d’un voyage aux Etats-Unis à 20 ans et auxquelles elle donne une voix et une place depuis. Le courant queer féministe, parti de la fin des années 80, réfléchit la dissolution des frontières entre les genres, et prône la dénormalisation, la déconstruction et une multitude de corps, sexualités, identités. Ce sont ces multitudes que la photographe explore depuis plus d’une décennie. Elle tisse aussi un lien étroit entre féminisme et pornographie et montre, comme Annie Sprinkle, que le féminisme sex-positif peut-être un moyen d’émancipation par et pour les femmes, en faisant de la représentation du corps, du plaisir et de la sexualité des outils politiques dont les femmes et les minorités peuvent s’emparer." 

Severa Irgacheva, Emilie Jouvet, oct. 2013

* Riot grrrrl : mouvement musical à la croisée du punk rock et d rock alternatif aux idées féministes

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Pour la session 3, Emilie Jouvet a présenté deux films. Le premier, The Apple (2008) est une courte vidéo de 6 minutes présentant l’actrice Wendy Delorme habillée en pin-up qui, dans un décor sucré entouré de pommes et de fleurs, se masturbe avec une pomme puis la mange. Wendy est donc Eve qui sans Adam s’approprie seule le fruit défendu et transgresse la loi. Dans un montage qui combine mouvements rapides et ralentis, avec de courts arrêts sur images, le film The Apple raconte l’empowerment féminin qui passe par le désir, un thème central dans le travail d'Emilie Jouvet. 

La seconde projection était un extrait du film Too Much Pussy (2011). Dans ce long métrage, sept artistes performeuses féministes (Wendy Delorme, Judy Minx, DJ Metzgerei, Mad Kate, Sadie Lune et Madison Young) sont réunies par Emilie Jouvet pour faire une tournée dans toute l’Europe d’un show burlesque et sex-positif. Sans script et ni directive, Emilie Jouvet créé les conditions pour qu’émerge par soi-même, dans l’intimité d’un collectif éphémère, l’histoire de femmes qui vivent pleinement leur vie, leur art et leur sexualité.

Emilie Jouvet, The Apple, vidéo, 2008
Emilie Jouvet, Too much pussy, film, 2011
Emilie Jouvet, Too much pussy, film, 2011
Un livre sur l'ensemble de la production photographique d'Emilie Jouvet paraîtra courant janvier 2014. Trois images en sont extraites. 

Emilie Jouvet, Leaves, Marseille, 2013

Emilie Jouvet, Anneke's Moustache, Paris, 2009
Emilie Jouvet, Etaïn fresh out of the water, Homosexual Summer Conference, 
Marseille, 2007